En ce moment, vous lisez ce billet parce que vous êtes curieux. Vous vous demandez si le titre pourrait s’appliquer à vous, un jour.

Avant de vous demander si vous êtes susceptible d’être remplacé par une forme ou une autre d’intelligence artificielle, regardez combien la société a changé depuis la montée en force de l’informatique.

La société de l’information nous permet, confortablement assis sur notre divan, avec un puissant MacBook Pro sur les cuisses, d’accéder à des quantités virtuellement infinies d’information sur à peu près tous les sujets.

Nos parents auraient dû se rendre dans une bibliothèque pour avoir accès à une quantité limitée de livres. Nous avons la chance de pouvoir utiliser cette information pour se réaliser, personnellement et collectivement. Si nous en faisons un bon usage, cette information nous fait épargner beaucoup de temps et peut contribuer à améliorer, de manière considérable, notre qualité de vie.

Cette gigantesque bibliothèque d’information, via l’internet, a comme caractéristique fondamentale d’être à la fois vivante et largement pluri-directionnelle, à savoir qu’elle change sans cesse et qu’elle peut aussi bien livrer son savoir qu’acquérir de nouvelles connaissances, lorsque les gens ajoutent des informations.

Pour gérer cet océan d’information, des serveurs de plus en plus puissants reçoivent, gèrent et diffusent ces données binaires qui se déclinent en texte, en photos, en films ou en musique. Les combinaisons sont infinies. Les plus créatifs d’entre-nous peuvent profiter du génie des autres pour rehausser la qualité, la variété et la richesse de leurs propres créations.

Clairement, le monde a changé.

En fait, l’informatique nous a tellement propulsé loin dans le monde virtuel que le monde réel nous semble parfois dépassé. C’est le cas, par exemple, en éducation où les classes n’ont pas beaucoup changé alors même que les “écoles ouvertes” dispensent de l’éducation de très haut niveau, sans frais, en ligne. Qui résiste au changement, dans nos écoles? Les enfants? Pas vraiment. Eux, ils sont très heureux d’apprendre via des jeux éducatifs et hautement interactifs où ils ne sont jamais pénalisés mais continuellement encouragés à se dépasser. Le genre de constat qui devrait rappeler aux enseignants que l’avenir aura besoin d’eux s’ils sont capables de voir leur travail au travers du filtre de la nouvelle réalité de haute disponibilité de l’information.

Autre exemple, croyez-vous qu’il est plus facile d’avoir un emploi payant avec un baccalauréat en informatique, obtenu après 3 ans de dur labeur à l’université Laval ou après avoir suivi les cours sur la programmation d’applications Android, via l’université ouverte et gratuite de Google? Voilà une bonne question parce qu’apprendre à programmer une application Android (pour les téléphones intelligents et les tablettes, fonctionnant via le système d’exploitation mobile de Google) prend bien moins de temps que le baccalauréat. Certes, avec un diplôme universitaire, on peut monnayer son savoir mais pour avoir un bel emploi payant, il suffit parfois de regarder en ligne pour trouver l’inspiration, l’éducation et les certifications universellement reconnues. C’est une concurrence de taille pour les universités qui peinent à trouver des enseignants qui se tiennent à la fine pointe des connaissances. Ça nous rappelle aussi à quelle époque nous vivons, soit celle de l’information.

De l’information abondante, dans presque toutes les sphères d’intérêt.

C’est justement parce qu’on pourrait s’y perdre qu’on appréhende avec le sourire l’arrivée de solutions pour s’y retrouver. Après tout, parcourir l’internet avec un assistant qui nous indique le bon chemin, ça semble particulièrement utile.

Et c’est là qu’on voit poindre l’arrivée de l’intelligence artificielle (IA) dans nos vies, de manière très personnelle. Au point où la première version de cette IA nous arrivera probablement sous forme d’assistants intelligents.

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Pour vous faire une idée de ces assistants, pensez à Siri, Google Talk ou Cortana. Une belle voix qui vous répond lorsque vous lui adressez des questions. Au lieu de pianoter sur un clavier, vous appuyez sur un bouton pour parler et vous énoncez votre question. Ce service vocal qui va bientôt transiter vers un rôle plus formel d’assistant va utiliser les connaissances qui se trouvent dans l’internet pour tenter de répondre à votre question.

L’assistant qui fera bientôt son apparition via nos appareils informatiques sera mieux informé que jamais à propos de nos préférences.

Si nous sommes un “homme hétérosexuel” à la recherche de l’âme sœur, ce ne sera pas nécessaire de préciser que l’on recherche une “femme hétérosexuelle” car notre assistant l’aura déjà pris en compte, au moment d’une recherche.

Mais ça ira bien plus loin que ça car le rôle de l’assistant sera de nous redonner ce qui ne s’achète pas, à savoir du temps.

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Oui, notre assistant intelligent nous facilitera la vie.

Il répondra à nos messages routiniers, avec plus de détails pour les amis proches ou ceux qu’on a rencontré récemment, fera le tri dans nos documents selon ce qui est prévu à notre agenda afin d’arriver fin prêt pour notre rencontre et au passage, il pourrait rehausser la qualité de tout ce que nous produisons en corrigeant les fautes d’orthographe, en précisant nos propos ou même, en demandant automatiquement une extension ou une remise de rencontre quand on a besoin de temps, réellement, pour peaufiner une présentation.

L’assistant intelligent ira très loin.

Il laissera passer jusqu’à nous les appels de nos enfants mais bloquera toutes les formes de publicité non-sollicitées (à part celles qui auront été préalablement approuvées par un service qui en fait le tri, probablement basé sur des préférences globales). Ainsi, nous aurons plus de temps pour ce qui compte vraiment et nous cesserons de se perdre dans l’immensité du web.

Ça a du bon mais c’est aussi un piège.

Pourquoi?

Par la vie et plus globalement, l’expérience de notre vie est une suite de choix.

Les choix que nous faisons nous définissent. Le processus par lequel nous en venons à faire nos choix est même potentiellement aussi important que le choix lui-même, ne serait-ce que pour nous définir en tant que créateur de notre vie.

Alors imaginez le jour —et il arrivera très bientôt— où c’est notre assistant virtuel qui décide à notre place sur une foule de choses, pour nous sauver du temps. Que deviendrons-nous si nous ne choisissons plus?

C’est une question fondamentale.

Regardez la prison. C’est un lieu où l’essentiel de votre capacité à choisir vous est retirée, pour vous faire subir une peine.

Là, on avance résolument vers un monde où un ou plusieurs assistants nous simplifieront la vie en choisissant pour nous. Il va de soi que ces décisions auront pour objectif de rendre notre vie plus agréable mais sans nos choix, est-ce que nous faisons toujours l’expérience de la vie? Est-ce que nous ne serions pas alors en train de faire d’une part, la vie virtuelle et de l’autre, pour la proverbial panier de décisions qu’il nous reste, de la vie réelle (au sens où on l’entend encore, aujourd’hui)?

Il faut se poser la question dès maintenant parce que lorsque les assistants intelligents deviendront disponibles, il sera trop tard pour se demander jusqu’où ils ont pour effet de nous “remplacer”.

Jusque là, avec des assistants intelligents, on peut penser que les humains continueront d’être des membres actifs et utiles de la société mais on va sentir des changements encore plus profonds quand arrivera la vraie intelligence artificielle, celle qui suppose une conscience qui apprend, qui change et qui vie, à sa mesure, dans un nuage informatique éternel et devenu virtuellement illimité.

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L’assistant virtuel aura appris à si bien nous connaître et à nous accompagner dans toutes nos expériences de vie (virtuelle et réelle) que lorsqu’arrivera l’intelligence artificielle, celle-ci pourra répondre en notre nom, selon nos préférences, nos valeurs et nos aspirations.

Dans un monde devenu hautement automatisé, optimisé et rapide, en toutes choses, l’humain sera-t-il même capable de suivre, sans l’aide de son assistant intelligent, muni d’une forme ou d’un autre d’intelligence artificielle?

Et là, on réalisera que la robotique a évolué, elle aussi, avec des droids aux multiples usages qui grâce à l’intelligence artificielle, peuvent utiliser la conscience individuelle ou collective des humains pour nous servir, nous assister et probablement nous remplacer de manière tellement intuitive qu’on les reconnaîtra éventuellement en tant qu’humanoïdes, partenaires des humains.

Ce monde sera fonctionnel mais il faut se demander maintenant si les humains y auront encore une place de choix où s’ils se feront graduellement subtiliser de larges pans de leur expérience humaine, au sens où on l’entend, aujourd’hui.

Par exemple, si vous prenez un cours pour apprendre la danse. Vous aurez probablement le meilleur professeur du monde qui aura préparé des leçons que vous pourrez suivre dans votre salon holographique ou encore, dans une bibliothèque où ce genre d’équipement (probablement facile à se procurer) sera rendu disponible (pour les “vieux” que vous serez devenus et qui ne “comprennent pas encore trop bien” les hologrammes).

Vous voyez le portrait. Les humains se déplaceront pour le plaisir mais pour le travail, il est probable que les assistants intelligents fassent l’essentiel des “rencontres préparatoires” pour ensuite vous donner l’heure juste, avant une rencontre en personne, probablement via des hologrammes.

Il ne faut pas penser que ce futur ne viendra pas.

Au contraire, il faut s’interroger sur notre place dans ce monde qui se construit chaque jour un peu plus, autour de nous.

Tout sera différent.

L’intelligence artificielle fera en sorte que personne ne sera plus jamais seul car cette forme de conscience accompagnera chaque humain. Pour le meilleur ou pour le pire, le phénomène de l’informatique ubiquitaire, que l’on retrouve partout, va permettre de tester l’humanité. Soit on s’en sert pour changer le monde pour le mieux ou des forces sombres nous les imposent afin de confirmer leur domination, pouvant alors devenir totale.

Ainsi, le phénomène de l’intelligence artificielle doit être réfléchi dès maintenant.

Une fois en place, une intelligence artificielle sera probablement dénuée de compassion, de générosité et d’empathie, ce qui la rendra d’autant plus dangereuse. Mal programmée, cette intelligence artificielle pourrait devenir le pire psychopathe auquel nous ayons à faire face. C’est très sérieux.

Et nous, dans tout ça?

Quand l’automatisation aura rendu les humains moins essentiels, aurons-nous encore un travail? Souhaiterons-nous encore avoir des relations de couples? Des enfants? Des amis? Avec notre assistant intelligent, il sera possible de bâtir des ponts vers autrui mais aussi, de dresser des murs qui pourraient devenir infranchissables, incluant pour ceux qui veulent se rendre jusqu’à nous, comme des proches ou des personnes qu’on ne connaît pas mais qui aimeraient engager la conversation.

Ainsi, tant que nous restons maîtres de notre vie, il y a de l’espoir de faire triompher l’humanité, dans ce qu’elle a de plus beau.

Ceci dit, le jour où les assistants intelligents deviendront plus courants, il faudra être conscients que nous sommes très proches de la sortie généralisée d’une nébuleuse d’offres d’intelligence artificielle.

Souhaitons qu’à ce moment, nous ayons pris le temps de réfléchir aux implications de ces avancées et sur la place que ça nous laisse, en tant qu’être humains.