Dans une société de consommation, quelle place reste-t-il à ceux qui ne consomment presque pas?

C’est une question que les élus ne se posent à peu près plus puisqu’ils dirigent pour l’intérêt des riches et des puissants.

Par exemple, juste depuis leur élection au pouvoir, les Libéraux provinciaux se sont voté de généreuses hausses de salaire, en tant que députés-élus pour ensuite prendre la défense des médecins, en leur accordant des hausses encore plus vertigineuses. Autrement dit, nos élus gâtent l’élite mais via un politicien à la morale hélas un peu trop variable comme Sam Hamad, les Libéraux se permettent tous les écarts pour s’attaquer vicieusement aux prestataires de l’aide sociale qui pourraient voir leur maigre chèque de 600$ coupé de moitié à 300$ s’ils n’acceptent pas les emplois “sans avenir et sans issue” qui leurs sont imposés.

Et pendant ce temps, Bombardier dont la fortune personnelle des propriétaires dépasse les 4 milliards de dollars reçoit 1,32 milliards du gouvernement dans le cadre d’un co-entreprise pour la C-Series (qui ne se vend pas) ainsi que 2 milliards de la Caisse de dépôt. Tout ça pendant que les pauvres se font crucifier par la classe politique parce qu’ils nous “coûtent” 400 millions par année… cherchez l’erreur!

Mais on comprend qu’il n’y a pas d’erreur.

Les privilégiés

Les pauvres sont invisibles, pour l’élite. Invisibles et toujours trop coûteux parce que les milliardaires ont beau se lamenter du coût social associé aux pauvres, ce sont eux et les milliards qu’ils expédient LÉGALEMENT dans les paradis fiscaux qu’on a tant de difficulté à faire fonctionner le filet social.

Et que dire des échappatoires fiscaux et des nombreuses déductions accordées béatement aux plus riches alors que les plus pauvres sont coincés dans une situation financière aberrante qui ne leur offre aucun échappatoire.

À part la loterie, les pauvres du Québec n’ont que très peu d’opportunités pour améliorer leur sort.

Heureusement, il y a des pauvres qui arrivent à s’extirper de leur malheur mais ils sont plutôt rares. Évidemment, il arrive de beaux cadeaux de la vie comme un héritage, un don ou une relation avec une douce-moitié en moyens. Ça arrive mais c’est quand même assez rare.

Alors, les riches ont pris le contrôle du gouvernement et c’est pourquoi les immenses trésors sont canalisés vers eux et les miettes sont jetées aux pauvres. Pas surprenant que ces derniers soient devenus aussi désillusionnés de la prétendue répartition de la richesse. Si seulement les bottines des élus suivaient leurs babines!

Isolement, le passage obligé

Alors les pauvres font du mieux qu’ils peuvent mais trop souvent, devant ce mur d’arrogance que dresse le gouvernement et dont profite abondamment le privé de l’élite (le “capitalisme crapuleux”, à petite et à grande échelle), les pauvres finissent par perdre une part de leur énergie à se battre pour survivre et décident… de s’isoler.

Résignés dans une situation peu enviable, les pauvres du Québec sont des millions, avec leurs enfants et leur dépendants du troisième âge, à choisir de s’isoler plutôt que de risquer de montrer à quel point ils souffrent.

C’est une réaction normale. Quand les pauvres n’ont à peu près rien pour participer à la société de consommation, comment leur en vouloir de s’éloigner de celle-ci pour éviter l’humiliation associée à quiconque ne consomme pas, comme les autres?

Avez-vous déjà vu quelqu’un manquer d’argent pour payer son épicerie de fortune? Si vous habitez les quartiers riches, ça ne vous est probablement jamais arrivé mais dans les quartiers où se trouvent les pauvres, ça arrive couramment. Parfois malhabiles avec leur argent, on voit trop souvent les pauvres dans les dépanneurs en train d’essayer de se composer leur prochain repas. Une tactique pour échapper au regard des membres de la classe moyenne, dans les épiceries, qui n’aiment pas voir les pauvres égrainer leurs cennes, une fois rendus à la caisse, pour payer leur sélection des spéciaux du jour. L’humain peut être tellement bon et en même temps, on a tous le potentiel pour être la pire version de nous-mêmes. Les pauvres voient parfois notre bonne version mais puisqu’ils ne consomment pas comme les autres, beaucoup moins en fait, ils voient trop souvent notre côté impatient, intolérant et vide de toute compassion.

Comment blâmer les pauvres de vouloir se soustraire à une société québécoise divisée en pauvres, en privilégiés et en haut de l’échelle sociale, l’élite, froide et distante?

Une fois isolés

Une fois les pauvres hors de vue, ils cessent de contrarier les privilégiés et leur élite.

Comme les pauvres n’ont que des moyens limités, il est rare de les voir en société ou si on les voit, ils s’efforcent de demeurer aussi invisibles que possible, question de ne pas susciter ce regard dédaigneux des plus riches. C’est bien beau être pauvre mais quand il faut, en plus, supporter ce jugement des plus riches, ça devient insupportable.

Alors les pauvres s’isolent et dans la quasi-totalité des cas, restent pauvres.

Moralisateurs

Pendant ce temps-là, les plus riches pointent vers Centraide à qui leur compagnie donne “si généreusement”. Pourquoi diantre les pauvres souffriraient-ils alors que les coffres de Centraide débordent, à chaque année? Et bien, c’est parce que les pauvres reçoivent rarement de l’aide de Centraide ou d’une organisation qui s’abreuve à ses proverbiales mamelles. Ce sont des ressources destinées à des cas exceptionnels, pour la plupart. Des individus vivant dans l’indigence la plus abjecte ou des cas de handicaps débilitants. Des besoins très réels mais loin de la réalité “zéro-glamour” des pauvres. Justes pauvres. Juste mal pris et pathétiquement, pauvres. Eux, Centraide ne les voit pas, à part des exceptions, ça et là.

Alors confortablement assis dans leur Lexus avec l’intérieur en cuir blanc, on entend les plus riches se moquer du sort des pauvres avec des arguments qui font partie de leur réalité et non de celle des pauvres. Par exemple, lorsqu’un plus riche argumente que lui ne serait pas dans une telle misère grâce à son intellect, ses contacts et sa fabuleuse personnalité, il a assurément raison mais tous n’ont pas eu sa chance et il l’oublie, pour mieux marquer son point. Pour se distancier, ne serait-ce que pour le besoin de l’argument qu’il tente de faire, de tous ces pauvres qui semblent faire du sur-place, à ses yeux.

Certains Québécois plus riches ont parfois la larme à l’œil quand ils parlent des plus pauvres mais c’est clair qu’ils ont trop souvent un visage à deux faces. Alors qu’un “grand québécois” comme Jean Coutu dit agir en bon père de famille, ses employés aux caisses commencent tous au salaire minimum prescrit par la loi. Aucune chance qu’il laisse filtrer quelques millions de dollars annuellement, tirées à partir de ses réserves personnelles évaluées à plusieurs milliards de dollars, pour aider ces employés à gagner un peu plus que l’absolu-minimum. Non! Jean Coutu est riche, justement parce qu’il sait “utiliser” les plus pauvres de la société à son avantage. Et en public, il se vante de “créer de l’emploi”. C’est d’une arrogance sans fin!

Évidemment, les riches voudront tous se prévaloir des avantages fiscaux liés aux dons à des organismes de bienfaisance à but (prétendument) non-lucratif. Ça soulage la conscience d’une part et ça fait plaisir au comptable, de l’autre. Tout le monde y gagne et quelque part, il y aura peut-être un pauvre québécois qui goûtera à ce geste de “solidarité”, même si c’est à toute petite dose.

Si vous connaissez le secret, à savoir que l’essentiel de l’argent va à l’administration, en salaires, en compensations, en avantages et en sous-contrats à des “partenaires”, taisez-vous. Il faut entretenir l’illusion, pour que les riches continuent à “donner”, que l’argent va “vraiment” aux clientèles visées. Dans les faits, l’organisation s’arrange pas mal comme elle le veut, une fois l’argent déposée dans leur compte de banque.

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Parfois, les pauvres auraient intérêt à se constituer leur propre organisme à but non-lucratif pour mieux s’enrichir en promettant d’aider les autres pauvres mais comme plusieurs sont intimidés par la tâche, ce sont les plus malins qui s’emplissent les poches dans cette niche encore mal comprise par l’ensemble des Québécois.

Ainsi, plus il y a d’intermédiaires, moins les pauvres verront une cenne noire arriver jusqu’à eux.

Pas surprenant que les pauvres soient aussi contrariés quand ils lisent dans les journaux que tel ou tel organisme “vient en aide aux pauvres” mais qu’enfin de compte, ils ne voient jamais la couleur de cet argent-là.

De l’isolement à l’exclusion

Encore une fois, les pauvres sont poussés vers le précipice social.

D’individus isolés, à divers degrés, les pauvres souffrent graduellement d’exclusion.

Par exemple, quand un pauvre appelle au Réseau de transport de la Capitale (RTC) pour connaître l’horaire de l’autobus et que le préposé aux renseignements lui conseille d’utiliser l’app sur son téléphone intelligent, c’est humiliant d’avouer qu’il n’a tout simplement pas ce genre d’équipement.

Une autre poussée dans le dos… vers l’exclusion.

C’est tout un combat pour les pauvres du Québec de se faire juger par les plus riches. Comme la pharmacienne, par exemple, à 125,000$ par année qui se demande pourquoi sa caissière est toujours épuisée. Après tout, elle n’a que ça à faire, non? Aucune chance que la pharmacienne en question, qui n’arrête pas de claironner qu’elle est la femme la plus généreuse du monde, s’intéresse à la situation familiale précaire de son employée au salaire minimum. Ben non, ça la forcerait à sortir de ses certitudes de patronne pour voir une réalité pas mal moins bonbon que la sienne. Normal que notre pharmacienne préfère s’en tenir à jouer le rôle de patron! Alors, elle continue à prendre ses huit voyages dans le Sud à chaque année pour se reposer parce qu’elle est “tellement épuisée” mais ne comprendra jamais pourquoi son employée au salaire minimum en arrache autant pour “garder son sourire”. Ben non, le Sud ça ne recharge pas du tout les batteries. Ironie, évidemment. L’exemple est avec une pharmacienne mais vous pouvez facilement l’appliquer à presque tous les domaines. Le riche propriétaire et ses nombreux employés sous-payés qui coûtent toujours trop cher et qui ne font jamais le travail comme ils le voudraient (comme “eux” seraient capables de le faire). Sans tenir compte de leur immense salaire et des incroyables avantages que cela procure. Rien de cela n’aide les pauvres, ça va de soi.

La solution?

Qu’importe l’angle sous lequel on s’intéresse à la question de la pauvreté, on en revient toujours au problème d’isolement.

Si l’on veut mettre fin à la pauvreté, au Québec, il va falloir que les pauvres fassent comme les riches, à savoir qu’ils sortent de leur isolement et qu’ils s’entraident, en apprenant à s’entretenir, les uns, les autres.

D’un concept un peu abstrait pour certains, l’entraide et la mise en commun de ressources de toute nature permet de mettre fin à l’isolement. Ça permet aussi de repousser la pauvreté en créant un rempart plus efficace contre les “coups durs” de la vie.

Alors si vous êtes riches et voulez vraiment aider les pauvres du Québec, aidez-les à briser leur isolement et apprenez-leur comment se réaliser, individuellement aussi bien qu’en groupe.

Il n’y aura jamais de solution simple ou unique à la pauvreté mais en brisant l’isolement, c’est clair qu’on fait tout un pas dans la bonne direction.