Qu’on soit Péquiste ou non, le nom de René Lévesque ne laisse personne indifférent.

Vu par les uns comme celui qui a insufflé un fort sentiment de fierté nationale aux Québécois et par les autres comme celui qui voulait “briser le Canada“, M. Lévesque a marqué l’histoire du Québec au point d’être souvent désigné comme l’un des plus grand Québécois, du siècle dernier.

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En pleine campagne électorale provinciale où le parti qu’il a dirigé, le Parti québécois, tente de passer d’un mandat minoritaire à un mandat majoritaire, il est intéressant de se demander ce qu’il penserait du paysage politique actuel où deux grands partis PQ et PLQ) sont pressentis pour rafler quelques 80% de tous les votes.

Faute de pouvoir l’interviewer à ce sujet, voici un court extrait de son mémoire intitulé “Attendez que je me rappelle“, publié en 1987:

”Pour moi, tout parti politique n’est au fond qu’un mal nécessaire, un de ces instruments dont une société démocratique a besoin lorsque vient le moment de déléguer à des élus la responsabilité de ses intérêts collectifs.

Mais les partis appelés à durer vieillissent généralement assez mal. Ils ont tendance à se transformer en églises laïques, hors desquelles point de salut et peuvent se montrer franchement insupportables.

À la longue, les idées se sclérosent, et c’est l’opportunisme politicien qui les remplace. Tout parti naissant devrait à mon avis inscrire dans ses statuts une clause prévoyant qu’il disparaîtra au bout d’un certain temps.

Une génération? Guère davantage ou sinon, peu importe les chirurgies plastiques qui prétendent lui refaire une beauté, ce ne sera plus un jour qu’une vieillerie encombrant le paysage politique et empêchant l’avenir de percer.”

— René Lévesque

Notre ex-premier-ministre en aurait probablement long à dire sur le paysage politique actuel où deux gros —et vieux— partis prennent beaucoup, sinon presque toute la place.

Son constat aurait probablement suivi la même ligne que celle qu’on retrouve dans l’extrait ci-haut et ça rejoint probablement le fort sentiment ce cynisme que ressentent les plus progressistes, lorsqu’ils pensent au PQ et au PLQ.

Où sont les autres partis?

La CAQ n’arrive pas à percer ailleurs que dans les banlieues de Montréal et de Québec, Québec solidaire pousse le clientélisme politique à fond avec son approche indépendantiste, verte et “solidaire” envers tous les Québécois, Option nationale convainc à peine 1% des électeurs et les autres partis n’existent à peu près pas, au plan mathématique!

Conséquence de ce manque d’intérêt des Québécois pour des partis “alternatifs”, on trouve que les grands partis sont en panne d’idées et que les petits partis n’ont pas de voix alors on se retrouve avec une curieuse sensation qu’aucun politicien n’entend vraiment nos doléances.

Désagréable sensation, s’il en est une!

Les politiciens font l’impossible pour se faire voir et entendre, sur toutes les tribunes, pendant la campagne électorale mais disparaissent ensuite dans leur terrier pour n’en ressortir qu’au moment d’une autre campagne… difficile de ne pas les regarder aller comme s’ils nourrissaient un intérêt personnel et non un désir de “servir le peuple”, comme ils le déclarent!

Alors ceux qui votent pour les grands partis le font à moitié pour les idées de “leur favori” et à moitié pour bloquer “l’autre” alors ça mène nécessairement à un malaise où l’on idéalise les projets de notre camp pour ensuite démoniser les projets de l’autre… mais au final, c’est soi-même qu’on pénalise par qu’on est le contribuable qui subira la totalité du programme du gouvernement nouvellement élu… que ce soit “notre” parti ou l’autre et là, les parties du programme qu’on avait idéalisées pourraient revenir nous mordre les fesses, pour ainsi dire.

Rappelez-vous la promesse de Pauline Marois d’abolir la taxe-santé de 200$ qu’avait forcé le gouvernement libéral de Jean Charest dans la gorge des Québécois… une fois au pouvoir, elle en a un peu diminué la portée mais elle l’a gardée, malgré les nombreuses fois où elle avait promis le contraire.

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Certes, la santé coûte une fortune mais une promesse de cette ampleur se devait d’être tenue et c’est là un exemple, parmi plusieurs qui tend à donner raison à René Lévesque et à son observation à savoir qu’après un certain temps, dans un vieux parti, c’est l’opportunisme politicien qui l’emporte sur l’intérêt citoyen.

Des exemples de la sorte, il y en a autant au PQ qu’au PLQ.

L’électeur qui doit noircir une case de son bulletin de vote a parfois du mal à se faire une idée parce qu’il aimerait bien l’un pour x raisons et l’autre pour y raisons et il doit faire son choix.

Parfois, c’est une idée de Québec solidaire qu’on aimerait voir faire son chemin dans le programme libéral et d’autres fois, c’est un projet St-Laurent qu’on aimerait voir inscrit dans le programme péquiste mais voilà, il faut choisir un parti… et un seul.

Les Québécois qui sont des gens de consensus se voient forcés de tout miser sur un seul parti et c’est pour ça que les gros partis ont autant de succès.

Même vous aimez des idées lancées par Option nationale, vous préfèrerez voter pour le PQ afin de bloquer un candidat libéral dans votre circonscription mais “officiellement”, personne ne saura jamais que vous, en tant qu’électeur, aviez un intérêt pour des idées “alternatives”.

À la fin de la soirée du scrutin du lundi, 7 avril 2014, lorsque les votes pour l’élection provinciale auront été comptés, les journalistes déclareront que “les Québécois ont fait leur choix” mais au fond, quel choix ont-ils fait, exactement?

Est-ce que René Lévesque serait à l’aise avec la domination des “vieux partis”? Est-ce qu’il militerait pour la modernisation de la consultation électorale pour inclure un éventail plus large d’idées dans l’agenda politique, qu’importe quel parti remporte les élections?

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On dit que la voix du peuple a toujours raison et c’est pour cette raison qu’il est aussi important de tenir des élections pour élire un nouveau gouvernement mais en même temps, il arrive qu’on se demande si le peuple se prononce sur l’élection “stratégique” d’un candidat dans sa circonscription, sur un “représentant local” du parti qu’il préfère ou sur les idées véhiculées dans le programme du parti? Ou un peu de tout ça à la fois!

Ce serait peut-être le temps d’ouvrir la consultation pour un peu plus qu’un candidat local pour y inclure d’autres questions et là, on verrait peut-être émerger des agendas alternatifs uniquement défendus par les plus petits partis (souvent plus jeunes).

Il n’y a pas de paysage politique parfait. Ni au Québec, ni ailleurs.

Ce qu’il faut se demander, c’est si l’écosystème politique bipartite nous sert bien et aide le Québec d’aujourd’hui à se transformer gracieusement en “Québec de demain”.

C’est certain que René Lévesque aimerait être là pour nous en parler!