Déjà que le premier débat des chefs de “grands partis politiques” du Canada avait été l’équivalent technique d’une “valium”, on se serait attendu à ce que le deuxième débat, en français celui-là, soit plus “punché”.

Et bien non, c’était la glorification de la “cassette” de chacun des partis politiques.

Les chefs essayaient tellement de “ploguer” leur programme que ça devenait fatiguant de les voir chercher leurs mots sur les bouts de papiers qu’ils avaient soigneusement alignés devant eux. Sans téléscripteurs, ces marionnettes semblaient désemparées, par moment. Incapables de regarder “leurs téléspectateurs” dans les yeux, le temps de lire ce qui était inscrit sur leurs papiers, ils nous confirmaient ce qu’on savait déjà, à savoir qu’ils ne connaissent pas bien leurs dossiers.

Gilles Duceppe, un francophone, a dominé le débat tant son discours pro-Québec était limpide et sans faux-fuyants. Jack Layton a joué la carte du fédéralisme asymétrique avec brio mais ce n’est pas clair si l’électorat le voit comme PM. Michael Ignatieff s’est comporté en homme d’État intéressé mais étant sur sa propre planète, à des années lumières de préoccupations des électeurs, il restera dans l’opposition s’il continue à parler “avec sa tête” (et non son cœur). Pour finir, Stephen Harper a enligné les “phrases choc” qui plaisent aux médias mais comme Ignatieff, il lave plus blanc que blanc et ça sonne faux.

Des millions de téléspectateurs se sont forcés pour écouter le débat en entier mais de ce nombre, plusieurs ont décroché lorsque les échanges ne menaient nulle part.

Parmi les chefs de “grands partis politiques” qui se sont présentés hier, devant les Canadiens, pour le débat en français, aucun ne semblait voir plus loin que l’horizon. Rares sont les gens capables de voir plus loin que l’instant présent. Les chefs, lors du débat d’hier, n’ont pas fait exception à cette observation.

Il y a eu des efforts, de la part des chefs, de se montrer plus accessibles et compréhensifs en regard des préoccupations populaires mais au fond, on les sentait prudents pour ne pas déplaire à un segment ou l’autre de leur électorat pressenti.

Au beau milieu de ce débat, il y a eu une participante nommée Muguette Paillé, de Ste-Angèle-de-Prémont, en Mauricie, qui a brillé par sa sincérité et son authenticité. Âgée de 53 ans et sans emploi, la dame a touché l’auditoire en questionnant les chefs sur le chômage qui frappe les personnes de plus de 50 ans, notamment en région. Elle a frappé “dans le mil”.

Jack et Michael on fait écho à ses préoccupations mais ce n’était rien pour rassurer Mme Paillé.

Après que sa question ait été diffusée, Muguette Paillé est devenue une “insta-vedette” dans les médias sociaux, notamment Twitter, où son nom est devenu le 5e mot clé le plus utilisé au Canada. Wow! Dans Facebook, une page crée en vitesse a recueilli l’appui de plus de 1,200 personnes… en moins d’une heure!

La télé a donc donné naissance à une nouvelle vedette du “web social” et attendez-vous à lire beaucoup d’articles sur Mme Paillé dans les blogues et les médias alternatifs. Certains ont comparé cet engouement soudain du public pour Mme Paillé à celui de Joe le plombier, un simple citoyen qui avait attiré l’attention des médias et du public lors de la présidentielle de 2008.

Il y a toute une leçon à tirer pour les chefs de parti, à savoir que l’authenticité et l’honnêteté ne laissent personne indifférent.

En quelques mots, Mme Paillé a marqué plus de points dans le cœur des téléspectateurs qu’une soirée complète de verbiage largement stérile, entre quatre “professionnels de la politique”. C’est dire la force de l’authenticité.

Que vous soyez d’accord ou non avec les propos de Mme Paillé, elle a servi une leçon épique aux partis politiques fédéraux. Les chefs ne gagneront jamais en essayant de se la jouer “officiel” et “by the book”. Les Canadiens veulent des gens “vrais” et en politique, on dirait que le “vrai” finit par mourir sous le poids des “règles”. Elle voulait avoir des réponses et n’a obtenu que des paroles creuses, sans véritable passion. Quelle déception pour Mme Paillé et les centaines de milliers d’autres Canadiens qui se retrouvent, à peu de choses près, dans la même situation qu’elle.

Pour toutes ces raisons, Mme Paillé va passer à l’histoire comme celle qui aura gagné le 2e débat des chefs parce qu’au lieu de parlé avec une langue de bois, elle a parlé avec son cœur.

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