Vous entrez habituellement à l’hôpital via l’urgence et vous sortez plus souvent qu’autrement par “la grande porte d’entrée”, idéalement assez bien en point pour continuer votre route, sans l’assistance médicale constante propre à ce chef-lieu des traitements allopathiques.

L’entrés à l’hôpital, via l’urgence, devient, pour plusieurs patients, un moment intense où leur vie a basculé de la vie civile normale au statut de patient en milieu hospitalier, avec le bracelet autour du poignet, des visites constantes du personnel de soins et bien sûr, des protocoles (température, diabète, haute-pression, etc.). Ça donne un avant-goût de ce qui s’en vient, au moment de l’hospitalisation formelle qui envoie le patient malade sur un étage correspondant à sa pathologie (chirurgie, maladie pulmonaire, condition cardiaque, etc.). Le but étant de concentrer les problématiques pour faciliter les soins des infirmières et les tournées des médecins.

Alors bien que le patient puisse comprendre que ce grand ballet médical soit pour son bien, c’est de plus en plus apparent qu’il n’est qu’un numéro parmi d’autres. Rien de personnel, c’est juste la nature de la structure de l’hôpital qui vise à donner un maximum de services tout en minimisant les coûts.

Logique, sur papier

Il y a donc une logique à toute chose, en milieu hospitalier.

Le patient doit donc ajuster ses attentes et tenter, dans la mesure où il le peut, de tendre vers sa pleine guérison, malgré les traitements qui, trop souvent ne visent pas la guérison, à proprement parler mais la “stabilisation du patient”… ce qui est très différent d’un “objectif de guérison”.

On observe donc que l’équipe médicale dispense des “traitements” (chirurgie, chimio, radiation, diagnostiques divers, etc.) alors que l’idéal de guérison revient invariablement au patient.

Voilà une distinction très importante à apporter pour comprendre ce que tente de faire l’hôpital, pour vrai (soit “traiter” le patient afin que son cas ne s’aggrave pas) et l’idéal auquel on s’attend d’un hôpital (qu’il nous guérisse).

En comprenant cette distinction, on peut mieux apprécier les “services” en milieu hospitalier. En tant que patient, on prend ce qui nous permet de retrouver autant de santé que possible mais c’est par nos propres moyens (choix de vie, alimentation, etc.) qu’on prend les moyens de véritablement guérir.

Sortir de l’hôpital

Ça met la table pour le grand moment de la “sortie” de l’hôpital, ce moment à la fois attendu (par ceux qui se sentent prêts à sortir) ou redouté (par ceux qui pensent encore avoir besoin des soins hospitaliers).

Que le patient soit prêt ou non, lorsqu’un médecin décide que le moment est venu d’envisager la sortie, tout va très vite puisque “le lit” ainsi libéré est déjà destiné “au patient suivant” qui attend probablement à l’urgence.

L’hôpital est une sorte d’usine à traitements et quand un patient a reçu les traitement “de base” pour devenir fonctionnel, hors-hôpital, vient le moment de “signer le départ”.

Le départ se fait la plupart du temps avec des enveloppes remplies de prescriptions pharmaceutiques et des dates pour des suivis avec des médecins. Il y a aussi la possibilité d’un suivi “externe”, au besoin, par le centre local de services communautaires (CLSC) qui offre notamment des visites à domicile d’infirmières pour les patients invalidés (ce qui est immensément utile). Les patients “mobiles” doivent cependant se débrouiller pour se rendre au CLSC pour rencontrer une infirmière (ce qui est normal, pour éviter une explosion des coûts).

Une fois sorti, le retour à la maison

Alors que le milieu hospitalier était régi selon des protocoles strictes, le retour à domicile ouvre la possibilité d’une plus grande “flexibilité” dans la cadence des “suivis de traitements”.

Il devient possible de dormir un peu plus tard le matin (sans se faire réveiller à 5h du matin par une parade d’infirmières venues pour la “tournée du matin”) ou se coucher plus tôt le soir, au coucher du soleil, afin de mieux récupérer (parce qu’on se répare en dormant… un fondement de notre santé très, très mal compris, dans nos hôpitaux bruyants et mal conçus pour éviter les dérangements continuels des patients, notamment avec “des chambres de 4 patients”).

Autrement dit, notre maison nous semble encore plus agréable au sortir d’une hospitalisation parce qu’on réalise à quel point le silence est d’or et notre autonomie n’a pas de prix.

Évidemment, on entre pas à l’hôpital pour rien et en sortant, il est possible d’avoir encore moultes défis-santé à relever alors c’est là que le bonheur de revenir à la maison s’accompagne souvent de défis, bien réels, pour plusieurs patients (troubles divers, mobilité réduite, etc.).

Demander de l’aide

C’est devant l’évidence qu’on est sorti de l’hôpital (puisque le “traitement minimal de stabilisation” est terminé) qu’on réalise qu’on a toujours besoin d’aide mais que ça devra passer par d’autres voies que celles de l’hôpital.

Pour la plupart des patients qui ont toujours été autonomes, il faudra donc faire l’expérience de “demander de l’aide”, ce qui, trop souvent, semble contre-nature.

En revenant à la maison, il faut…

  1. apprendre à formuler des demandes d’aide (et savoir ce dont on a besoin, souvent bien à l’avance);
  2. avoir le courage de piler sur son orgueil et demander de l’aide, pour vrai… de la bonne manière et aux bonnes personnes ou ressources; et
  3. accepter de recevoir cette aide, parfois comme on veut et parfois pas… mais ça demeure de l’aide, quand même qu’il faut savoir apprécier.

Comme vous pouvez le voir, c’est tout un défi que de se transformer en une personne capable de vivre, ne serait-ce qu’en partie, de l’aide des autres.

Certains patients, comme des enfants via leurs parents ou un conjoint encore malade via une conjointe comparativement plus en santé, vont pouvoir éviter de devoir “faire un travail intérieur pour pouvoir demander de l’aide” via cette intervention extérieure qui prend à sa charge, pour une très large part, la gestion de l’aide, soit en l’offrant, tout-de-go ou en allant la chercher, par procuration.

Ce qu’il faut comprendre de l’aide, c’est qu’elle est généralement essentielle pour un patient qui sort de l’hôpital, à un degré ou un autre (tâches ménagères, repas, déplacements, suite de traitements pharmaceutiques, renforcement de saines habitudes de vie, etc.). Ainsi, il faut comprendre qu’il n’y a pas que la guérison qui réside entre les mains des patients mais aussi, leur capacité à recourir à l’aide dont ils ont besoin.

Les défis à géométrie variable

L’hôpital essaie, tant bien que mal, de conseiller les patients qui devront retourner à leur domicile (dans une maison, le plus souvent ou dans une autre sorte de “résidence”, de transition ou pour les personnes âgées).

Chaque cas est différent.

Plus la personne est autonome, moins elle aura besoin de services d’aide (ménage, nourriture, transports adaptés) et plus elle sera entourée, moins elle mettra de temps à se ré-adapter à la vie “résidentielle” normale.

Ainsi, la géométrie variable des offres de services, au moment de sortir de l’hôpital, rappelle à quel point le cas de chaque patient demeure unique.

C’est d’ailleurs cette unicité qui devrait motiver chaque patient qui le peut à prendre en charge un maximum de responsabilités, au moment de re-intégrer son domicile et ce, afin de pouvoir reprendre une vie qui se veut aussi normale que possible, dans les meilleurs délais.

L’hôpital concentre les services de médecine purement allopathique en un lieu bien précis mais il faut garder à l’idée que les médecins qui servent des patients hospitalisés travaillent, pour la plupart, en externe. On les retrouve notamment dans des “groupes de médecine familiales”, souvent sous la bannière de cliniques médicales multi-disciplinaires ou quelques dizaines de médecins se partagent les frais de bureaux où peuvent se rendre leurs patients (et parfois “des” patients, sans rendez-vous).

Ça veut dire que l’intelligence derrière les traitements typiquement offerts en milieu hospitalier peut être trouvée ailleurs qu’à l’hôpital. Ça devient une opportunité supplémentaire d’externaliser des suivis médicaux d’aussi bonne qualité qu’à l’hôpital (puisque ce sont les mêmes médecins).

N’oubliez pas que si vous avez vu un médecin lors de votre séjour à l’hôpital et que vous vous rappelez de son nom et de la clinique où il travaille, vous pouvez appeler à la clinique pour une question ayant trait à votre suivi médical et ce, même s’il ne s’agit pas de votre médecin de famille. Ceci pour une question de cohérence dans le suivi médical. Autrement dit, si vous avez pris les noms de vos médecins lors de votre hospitalisation, vous avez potentiellement accès à ces experts, en “externe”. Certains médecins peuvent refuser pour des raisons qui leurs sont propres mais la plupart acceptent d’offrir des suivis, surtout lorsqu’il ne s’agit que de signer des documents, notamment pour vos assurances, votre employeur ou encore, un renouvellement de prescription pharmaceutique.

Les ramifications du CLSC

Au Québec, notre système de santé peut compter sur un réseau passablement habile de professionnels de la santé qui œuvrent via les CLSC.

Plus proches des patients sortis du milieu hospitalier et mieux connectés aux services sociaux publiques et privés, les CLSC se dévoilent comme étant bien plus que des points de dessertes pour des suivis médicaux, à domicile ou en clinique (du CLSC). Un CLSC est un bon endroit pour poser des questions en lien avec les services d’aide. Apprenez à prendre des notes pour ensuite utiliser ces “contacts” pour faire vos suivis.

Apprenez à magasiner vos services d’aide. Soyez de fins consommateurs. Plus cher ne veut pas toujours dire meilleur. Sachez distinguer vos besoins réels de vos désirs et au besoin, demandez conseil à un professionnel du CLSC ou mieux, à un proche qui pourra vous conseiller “avec un oeil extérieur” (probablement plus “critique”, dans le bon sens).

Il ne fait aucun doute que les CLSC pourraient faire plus mais avec les restrictions budgétaires qui ont cours, c’est difficile.

Conséquemment, les patients doivent apprendre à utiliser leur CLSC intelligemment, comme ils ont (idéalement) appris à le faire pour les services hospitaliers.

Aide-toi et le Ciel t’aidera.

C’est la même logique pour les CLSC où il faut leur demander très précisément l’aide essentielle et non-pas un cocktail de tous vos désirs, en tant que “patient externalisé” ce qui, nécessairement, finira par devenir un cortège de “refus” pour toutes sortes de raisons mais surtout parce que ces demandes sont jugées “non-essentielles” parce que “le patient pourrait s’organiser, s’il s’en donnait la peine” alors assurez-vous de bien vous organiser avant de demander au CLSC d’intervenir. Vous devez apprendre à faire la part des choses.

La maison

Un petit peu de bonne volonté faire beaucoup de milage, dans un contexte de retour à la maison.

Même si certains patients qui reviennent dans leur maison sont mieux entourés, il suffit parfois d’un peu de débrouillardise, de doigté, d’humilité et de sens commun pour rendre son retour à la maison plus agréable et productif.

Chaque patient est unique. Chaque situation est unique.

Il faut donc utiliser vos forces vives, en tant que patient et en tant qu’individu, pour accepter votre nouvelle réalité de “patient externalisé” afin de guérir le plus rapidement et le plus complètement possible.

Une fois à la maison, c’est là que la guérison peut vraiment accélérer (au-delà des “traitements pour stabiliser”, à l’hôpital) alors en tant que patient, il faut s’ajuster en conséquence.

À tous les patients, soyez courageux et demeurez inventifs pour faire de votre retour à la maison, après une hospitalisation, un moment privilégié de reconnection avec ce qui vous fait vibrer, vivre… et guérir.