Pour tout patient qui a déjà dû être hospitalisé, la réalité des quatre (4) patients par chambre apporte son lot de surprises… pas toutes forcément positives.

Que ce soit vous le patient ou un proche, la perspective de devoir être installé dans une chambre où se trouvent déjà 3 autres patients n’est que très rarement une bonne nouvelle.

Dans les faits, une chambre de 4 patients annonce…

  1. des odeurs plus fréquentes;
  2. de la pollution sonore presque constante (patients, visite et surtout, le cortège sans fin de “professionnels de la santé”);
  3. du va-et-vien, à toute heure du jour et de la nuit;
  4. presque pas d’intimité, même une fois les rideaux fermés;
  5. une zone-lit exiguë et souvent trop petite (surtout pour le mouvement des infirmières avec leurs appareils).

Et bien d’autres désagréments liés à la petitesse de LA salle de lavabo-toilette où les portes sont trop petites et la propreté est compromise, en permanence, par les autres patients qui peuvent ne pas avoir les mêmes standards d’hygiène que vous. Et le ménage a quand même lieu une fois par jour, à part dans des cas de dégâts extrêmes. Ou quand il y a une infection bactérienne (de type C-difficile) auquel cas c’est le protocole de test (pour cette bactérie) qui risque d’être mis en place pour ensuite être suivi, si la bactérie est présente, par un isolement. Et là, le patient qui est infecté force la chambre au complet à “tomber en isolement” et c’est à ce moment que le “personnel soignant” au grand complet doit accéder à la chambre habillé en poussin jaune, avec des gants en latex gris et un masque au visage… pas exactement pratique pour obtenir des services réguliers ou rapides, disons.

Enfin bref, la vie à quatre a peut-être l’avantage de désennuyer certains patients qui aiment placoter de tout et de rien mais en milieu hospitalier, un patient souhaite améliorer son sort… pour sortir au plus vite de ce milieu!

Et ce n’est pas dans une chambre de 4 personnes qu’un patient a…

  • de belles nuits de sommeil (avec le sommeil profond qui permet au corps de se réparer);
  • de la quiétude pour se concentrer sur sa guérison (ou ses traitements, selon la nature de l’hospitalisation); ou
  • l’intimité qui lui permettrait d’être vraiment à l’aise, à l’hôpital.

En fait, les infirmières et les médecins eux-mêmes, pour la plupart, avouent ne pas aimer voir les patients dans des chambres de 4 tellement les soins prodigués aux uns deviennent des nuisances (petites ou grandes) pour les autres.

Budgets sans cesse plus serrés

C’est parce que l’argent ne coule pas suffisamment à flots que nos hôpitaux sont dotés d’autant de chambres de 4 patients.

Dans un monde idéal, un monde plus riche, il n’y aurait que des chambres individuelles, notamment parce que c’est —de loin— la meilleure option, pour les patients mais bon, nous ne sommes pas dans ce monde et ce sont les chambres de 4 qui constituent la majorité des chambres, sur les étages d’hospitalisation (chirurgies, médecine générale, problèmes cardiaques, etc.).

Il faut savoir que si vous avez de bonnes assurances ou êtes très riche, vous pouvez exiger une chambre individuelle pour la somme de 200$ par nuitée. Pour 7 jours, on est rendus à 1,400$ et pour 30 jours, c’est 6,000$. Une année de 365 jours couterait 73,000$… si vous pouviez payer mais aussi, si une telle chambre est disponible.

Et pour les clauses d’assurance, elle peuvent couvrir ce type de chambre jusqu’à un certain pourcentage alors à la longue, même un pourcentage de 200$ par nuit peut devenir ruineux pour un citoyen “régulier” de la classe moyenne qui n’aurait pas de “fonds d’urgence”, pour ce genre de situation.

Ainsi, on en revient aux chambres de 4 qui, elles, ne coûtent rien de plus parce qu’au fond, personne de sain d’esprit ne voudrait payer pour se retrouver là…

Les chambres de 2 ou de 3 coûtent un peu moins cher mais vous ne savez jamais sur quel genre de chambreur(s) vous allez tomber alors encore là, c’est l’équivalent d’un billet de loterie! Parfois c’est correct et parfois pas.

Comme une mini station de métro

Dans une chambre de 4 patients, à ‘hôpital, il y a de ces moments où il n’y a pas simplement “du bruit”, il y a carrément du vacarme avec…

  • les patients —souvent sourds ou en voie de l’être— qui crient pour parler ou encore, parlent simplement beaucoup… et fort;
  • la “visite” des patients qui oublient qu’ils se trouvent dans un hôpital et qui jacassent sans relâche;
  • les infirmières et les infinis protocoles qu’elles doivent suivre (température, diabète, haute pression et tutti-quanti) qui les force à revenir souvent dans les chambres pour moultes tests et traitements… multiplié par 4 patients;
  • les médecins et autres “professionnels de la santé” qui, comme les infirmières et les préposés aux bénéficiaires doivent “parler fort” pour être compris des patients ayant des problèmes de surdité.

Du bruit, en voulez-vous, en v’la!

Il peut arriver que certaines infirmières demandent de “baisser le ton” mais l’écosystème sonore d’une chambre typique de 4 patients est habituellement laissé à lui-même… advienne que pourra. Que les patients trouvent leur paix intérieure, faute de la trouver, à l’extérieur.

Et comme la plupart des patients alités peuvent difficilement se sauver de leur lit (pour des raisons liées à la nature de leur hospitalisation), ils sont forcés d’endurer le bruit qui devient une réelle source de stress et donc, un frein très réel au succès des traitements et même d’une éventuelle guérison.

Bonne volonté à revendre

La totalité des employés concernés, dans un hôpital, constatent qu’il y a une collection de problématiques avec les chambres de 4 patients et plusieurs tentent de compenser avec des gentillesses plus senties et un compassion plus visible devant le déluge de dérangements causés par le fort volume d’achalandage dans des chambres où normalement devrait régner un certain niveau de quiétude.

Clairement, ces employés affichent autant de bonne volonté qu’ils le peuvent pour rendre aussi agréable que possible le séjour hospitalier des patients mais il arrive que ce ne soit tout simplement pas assez.

Par exemple, un beau sourire d’une infirmière fera chaud au cœur mais ne changera rien au fait que la couche pleine du patient d’à côté radie jusque dans vos narine depuis des heures. L’un n’annule pas l’autre.

Il ne fait aucun doute que les employés font leur possible mais avec des moyens limités (absences de collègues, fort quotas de patients à voir, protocoles multipliés par les médecins et imprévus), les chambres de 4 peuvent devenir pas mal moins… hospitalières.

La solution passe par de meilleurs aménagements

Puisqu’un patient qui sort de l’hôpital nous coûte typiquement moins cher qu’un patient qui doit y rester plus longtemps, il va falloir repenser les aménagements des chambres…

  1. les rendre aussi individuelles que possible (sinon, carrément “individuelles”, pour vrai);
  2. s’assurer que le matériel médical puisse entrer et circuler sans être encombré par la petitesse de l’espace;
  3. rehausser la taille des lavabos-toilettes et des portes pour y accéder (afin que même une manchette puisse passer);
  4. insonoriser les chambres et les zones-lits (s’il y a plusieurs lits par chambre); et
  5. installer une ventilation efficace dans les chambres pour combattre les odeurs et éviter de geler en hiver et crever de chaud en été.

Des affaires toutes simples et logiques, en fait.

Pour toutes sortes de bonnes raisons, nos hôpitaux sont disposés comme ils le sont, avec un inventaire colossal de chambres de 4 patients.

Sans renier le raisonnement qui a conduit à avoir de telles chambres multi-patients (probablement pour faciliter les visites des docteurs), il faut comprendre que le patient réagit bien mieux dans un milieu qui facilite sa remise sur pied. D’où l’utilité de considérer des aménagements physiques qui reflètent cet impératif qu’on pourrait assimiler à du simple “gros bon sens”.

Nos architectes québécois ne se laissent pas intimider par les défis et il faut souhaiter que plusieurs d’entre-eux relèveront le défis de ré-aménager nos plus vieux hôpitaux afin de les rendre plus efficaces et… hospitaliers!