On entend souvent dire que les consommateurs québécois sont prudents avec leur argent en ce temps de récession mais comment les blâmer lorsqu’une simple sortie familiale au restaurant finit invariablement par coûter plus de 30% de plus qu’on s’attendait?

Il est bien sûr possible de compenser mentalement en se disant, avant-même de quitter la maison, que le repas familial au St-Hubert (ou mieux, si vous en avez les moyens) coûtera nécessairement plus cher qu’on le croyais et donc, qu’il ne faut pas s’en faire avec ça.

Mais…

Comme la sortie familiale au restaurant est un des derniers luxes qu’un grand nombre de familles du Québec peut encore se payer (souvent grâce à Visa, malheureusement), il faut se demander si ces importantes ponctions supplémentaires ne finissent pas par conditionner les consommateurs à éviter les restaurants et leurs factures “finales” qui donnent… le vertige!

Prenons un repas familial pour 2 adultes et 2 enfants au St-Hubert, un lundi soir.

Ça aurait pu être n’importe quel autre restaurant “avec service” mais pour les fins de l’exemple, ce sera une facture du St-Hubert qui sera analysée.

Les deux adultes prennent des assiettes à 22$ chacunes, pour un sous-total de 44$ pour les adultes et les enfants prennent deux “animaleries” à 4,95$ chacunes, pour un sous-total de 9,90$.

Jusque-là, pas vraiment de problème avec une facture de 53,90$ qui reflète assez justement la valeur du repas. Clairement, on comprend que St-Hubert, comme tous les restaurateurs, se garde une marge bénéficiaire mais c’est raisonnable.

Puis, arrivent les taxes, à savoir la TPS fédérale et la TVQ provinciale qui se multiplie par-dessus le sous-total, incluant la TPS (une taxe sur une taxe) pour un facteur combiné de 14,975% ce qui fait passer notre sous-total, avec les taxes, à 61,97$ — ouf!

Déjà, on sent que la facture grimpe vite.

Les taxes font mal…

Mais ce n’est pas terminé parce qu’au terme d’un bon service à la table, votre serveur “mérite” son 15% de “pourboire” (le “tip”) et celui-ci, sans trop de surprise, se voit calculé sur le sous-total —incluant les taxes— ce qui porte le “vrai” total final de la facture de restaurant de notre petite famille à 71,27$ — double ouch!

Ça signifie que notre petite famille, en raison de l’ajout des taxes et du pourboire, paie 32,22% de plus que son sous-total pré-taxes et pré-pourboire!

32,22%…

Pensez-y, deux secondes…

Près du tiers de votre débours de la soirée, pour le souper de cette petite famille typique, au Québec, va à autre chose que le repas lui-même!

Chaque dollar payé pour ce repas en famille a sa raison d’être. Le repas coûte de l’argent, les taxes permettent de payer l’appétit des gouvernements et le pouboire compense, dans une bonne mesure, le salaire probabement trop bas versé aux employés. Tout se tient et tout se justifie mais pour les familles, est-ce que cette enflure de 32,22% sur toutes les factures de restaurant passe inaperçue?

Il y a bien entendu des consommateurs davantage fortunés qui ne remarquent pas ce genre de détails mais pour une majorité de familles québécoises, 32,22% sur toutes leurs factures de restaurant “en salle”, ça paraît… beaucoup.

Et la prochaine décision logique, c’est de rester souper à la maison et de rendre ça aussi magique que possible.

Encore une fois, ce mécanisme d’amplification des factures ne touche pas tout le monde. Les classes moyennes et pauvres semblent être les premières affectées par cette importante ponction-surprise de 32,22% quand vient le temps de payer.

Il y a trop souvent ce moment de…

Ben, voyons, c’est quoi ce montant… ah! Oui, les taxes!

Et ah! Ouin… il y a le pourboire à rajouter sur ça, aussi… grrr!

Bon, je vais mettre ça sur Visa

Et le client qui s’était fié aux beaux prix imprimés dans le menu —genre, 22$ pour un repas— pour se faire une idée du prix final sort du restaurant un peu sonné d’avoir eu à assumer un total final aussi élevé… 32,22% plus élevé.

Certains diront que ce genre de regard sur notre quotidien n’a aucune importance et que ça n’explique rien des comportements des consommateurs mais juste au cas où cette importante enflure sur les factures des restaurants aurait un impact réel sur les flots d’argent dans notre économie, est-ce que ça ne vaudrait pas la peine qu’on se demande si la facture moyenne d’un repas en famille, au restaurant, n’est pas en train d’exploser au-delà du “raisonnable”?

Au fond, ce sont les consommateurs qui vont décider, avec leur propre sens commun, si ce 32,22% pour souper au restaurant agit tel un frein à la consommation, ou non.