L’humoriste Boucar Diouf a publié un texte intitulé “De Cacouna au califat” dans La Presse du 11 octobre 2014 dans lequel il expose, en partie, sa position en regard du pétrole.

Au Québec, le fleuve St-Laurent est gravement menacé d’être souillé par un inévitable déversement de pétrole “sale” de l’Alberta. La réalité avec les oléoducs, c’est qu’ils ont des fuites et que ça pollue l’environnement.

Au-delà des dangers pour la flore et la faune, il y a le danger qu’une fuite de pétrole ne contamine notre eau. Si ça se produit, les Québécois se demanderont pourquoi ils ont laissé TransCanada venir mettre en danger notre petite réserve d’or bleu.

Mais d’ici ce jour, la plupart des gens n’ont pas vraiment le temps de se faire une tête en ce qui a trait aux dangers du transport du pétrole par oléoduc. Déjà que le bête accident de Lac-Mégantic aurait dû nous inquiéter du transport de pétrole par train, voilà qu’on laisse TransCanada installer un oléoduc qui pourrait nous réserver de bien mauvaises surprises.

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Soyons clairs, si l’eau du fleuve St-Laurent est souillée par une fuite d’un oléoduc ou par un accident de tanker, les dégâts pourraient être inédits, dans l’histoire du Québec. Pire, l’accès à l’eau potable de qualité pourrait être compromis pour un grand nombre de Québécois qui se retrouveraient forcés de payer très cher pour l’eau qui, aujourd’hui, ne leur coûte à peu près rien.

C’est un peu cette relation malsaine que nous avons avec le pétrole et notre naïveté par rapport à notre approvisionnement infini en eau que Boucar Diouf aborde, dans le texte qu’il a publié dans La Presse et dont un extrait est repris, ici:

[…]

Le pétrole répond à un désir de l’humanité alors que l’eau est pour nous un besoin irremplaçable. C’est à l’eau liquide que nous devons notre existence sur cette planète. Comme le dit souvent Hubert Reeves, nous sommes les gagnants du gros lot d’un 6/49 cosmique. Un tirage qui a positionné la Terre entre Mars et Vénus, à l’intérieur d’une étroite bande du système solaire compatible avec la présence d’eau liquide. Si notre planète était plus proche de Mars, l’eau gèlerait, et si elle était plus proche de Vénus, ce serait l’évaporation.

Trois milliards d’années de vie s’écouleront dans cette eau liquide avant que les premiers animaux marins ne partent à la conquête de la terre ferme. Pour ceux qui veulent découvrir cette révolution du Dévonien, je recommande les falaises rouges du musée de paléontologie de Miguasha. On vous y présentera un fossile appelé Eusthenopteron foordi, le «Prince de Miguasha». Un poisson vieux de 380 millions d’années qu’on a découvert en Gaspésie et dont les nageoires pectorales ressemblent un peu aux pattes des tétrapodes que nous sommes. Une sorte d’intermédiaire entre la vie marine et la vie terrestre.

Si je préfère l’eau au pétrole, c’est qu’en plus de lui devoir notre existence, nous sommes tellement inféodés à cette mer primitive qui nous a vus naître que nous ne l’avons jamais quittée. Au contraire, nous l’avons internalisée sous forme de liquides physiologiques salés, qui baignent nos cellules et circulent dans nos vaisseaux sanguins, semblables à des rivières. Cette dépendance à l’eau explique que nos foetus grandissent dans une mer appelée le liquide amniotique et nos spermatozoïdes, bien adaptés à la nage, ressemblent à de petites anguilles. C’est aussi pour cette raison que l’histoire du Québec s’est jouée sur les battures du Saint-Laurent.

Au-delà de son impact décrié sur la santé de la Terre, nous devons en grande partie au pétrole les guerres d’indépendance de l’Indonésie, de l’Algérie et de l’Angola. Le pétrole c’est aussi: la guerre du Biafra; le conflit frontalier entre le Nigeria et le Cameroun; la guerre entre le nord et le sud du Soudan; le conflit entre l’Équateur et le Pérou; l’une des causes de la Seconde Guerre mondiale; l’invasion du Koweït par l’Irak; l’invasion de l’Irak par George Bush; l’invasion de la Libye initiée par la France; le nerf de la guerre civile en Syrie; le financement du terrorisme international; le groupe État islamique en Irak et au Levant (EI); une partie de la guerre en Ukraine; l’alliance entre Roosevelt et le prince Ibn Saoud, qui fait encore que l’Arabie saoudite reste impunément l’une des nations les plus liberticides de la planète. Le pétrole, c’est aussi les tensions probables à venir entre le Canada et la Russie pour le contrôle de l’Arctique.

En terminant cette énumération qui n’a rien d’exhaustif, je voudrais simplement dire que si l’eau symbolise la vie, le pétrole traîne dans son sillage l’injustice et la mort.

[…]

Même si Boucar Diouf pense que son espoir de voir l’usage du pétrole diminuer au profit d’alternatives plus vertes tient, en partie, de l’utopie, on ne peut s’empêcher d’espérer, nous aussi, qu’il y ait une diminution marquée du recours au pétrole.

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Évidemment, le pétrole nous offre de l’énergie abondante à un prix à peu près imbattable alors ce n’est pas à court terme que les consommateurs voudront financer les “alternatives vertes” en payant plus cher!

Ainsi, il faut apprendre à vivre avec la réalité pétrolière mais même si l’on accepte le principe de l’utilité du pétrole, on peut s’opposer à ce que le pétrole “sale” de l’Alberta circule dans la vallée du St-Laurent, là où habitent des millions de Québécois et d’où provient une grande part de notre eau potable.

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Boucar Diouf a un talent évident pour trouver les mots qui nous manquent pour exprimer certaines de nos frustrations devant l’arrivée de compagnies comme TransCanada, au Québec.

Sans prétendre qu’il s’agisse du fin mot de l’histoire concernant l’arrivée du pétrole au Québec, par oléoduc, ça pourrait vous aider à vous forger une opinion sur la chose.

À terme, il vous faudra décider ce qui est le plus important, pour vous: le pétrole… ou l’eau.