Quand on entend aux nouvelles que le taux de chômage est stable, c’est important de s’intéresser aux chiffres derrière cette déclaration.

Pourquoi?

Parce que le taux de chômage ne fait pas vraiment de distinction entre un emploi à temps plein ou à temps partiel et pire, entre un emploi stable et un autre qui serait de nature précaire.

Au Québec, on passe progressivement d’emplois stables, à temps plein vers une nébuleuse d’emplois précaires, à temps partiel.

Ce faisant, tout le monde s’appauvrit. Dans une économie de services, basées principalement sur la consommation, comme au Québec et au Canada, on doit s’assurer d’avoir des consommateurs suffisamment riches pour pouvoir soutenir l’économie (aller au resto, dépenser pour la voiture et ainsi de suite).

Or, les Québécois, surtout, perdent des plumes lorsque leur belle job à temps plein dans une compagnie stable s’efface devant eux pour ne laisser apparaître que des emplois plutôt minables où les employeurs multiplient les conditions d’emploi déraisonnables et où les candidats, trop nombreux, trop qualifiés et trop désespérés, tentent de s’y qualifier pour ensuite s’arracher le cœur au travail, sans compensation correspondant à l’effort. Et ça, c’est pour ceux qui ont « la chance » de décrocher cet emploi minable!

Les employeurs sont fous de joie de voir les travailleurs —surtout ceux qui sont qualifiés— qui viennent ramper devant leurs direction des « ressources humaines » pour un emploi… n’importe quel emploi.

Le désespoir des uns fait le bonheur (et la richesse) des autres, à savoir les privilégiés!

Les travailleurs qui perdent leur emploi se retrouvent devant des obligations financières qui doivent être rencontrées et l’assurance-chômage ne dure qu’un temps (souvent un maximum d’un an… pour ceux qui se « qualifient ») alors comme il n’y a plus (autant) de bons emplois, les travailleurs, qu’importe leurs qualifications, se retrouvent forcés d’accepter des emplois de très bas niveau, instables, mal payés (souvent au strict minimum ou 1 ou 2 dollars de plus), sans conditions de travail décentes et surtout, précaires!

Le Québec moderne souffre.

D’une part, les légions de fonctionnaires, plus de 500,000 au provincial seulement, constituées à environ 75% de femmes, distortionnent toute l’économie, avec leurs emplois garantis à vie et leurs salaires qui montent à chaque année (ou presque). À cause des fonctionnaires, les prix de tous les produits montent sans arrêt. Eux arrivent à suivre mais pas les autres. Regardez les prix des maisons qui montent à des sommets jamais atteints auparavant. C’est parce que des fonctionnaires (ou d’autres professionnels mais surtout des fonctionnaires) peuvent compter sur une job à vie qu’ils arrivent à se décrocher des hypothèques… mais ça, ce n’est tout simplement pas accessible au reste des travailleurs pauvres ou moyens qui, eux, n’auront JAMAIS accès à la propriété parce que les prix sont HORS DE CONTRÔLE et bien trop dispendieux (lire: déconnectés de toute réalité).

D’autre part, à l’extérieur du monde confortable des fonctionnaires, des professeurs, des médecins et autres privilégiés du « système d’État » du gouvernement, le privé a plié bagage et fait maintenant l’essentiel de ses affaires… ailleurs.

Regardez juste nos 660,000 snowbirds qui passent environ 6 mois de l’année en Floride… wow, clap, clap, clap, merci les « baby boomers » d’abandonner votre province pour la moitié de l’année! Ça a tellement d’effets négatifs sur notre économie et pourtant, les médias hésitent à en parler de peur des les offusquer! Oui, nos médias aiment faire plaisir à nos « baby boomers », des privilégiés structurels qui vont se cacher dans le Sud pour éviter de participer pleinement à la vie québécoise, incluant sa vie économique.

Évidemment, ces vieux boomers reviennent au Québec pour garder les privilèges de leur citoyenneté canadienne, dont les services de santé gratuits. Pour nous faire saigner de l’argent, ils sont bons, les « boomers » mais pour contribuer à l’économie, créer des emplois et faire rayonner le Québec, il y en qui le font vraiment bien mais une large part, eux, ne font rien qui vaille.

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Cachés en Floride, des milliers de millionnaires québécois paient des millions pour vivre dans l’État de Jeb Bush mais ne leur demandez pas d’investir une cenne noire dans une start-up québécoise. Ils vont se sauver, jambes à leur cou… jusqu’en Floride, dans le beau condo, à Pompano.

Comme Pauline Marois qui s’est payé un superbe condo sur la côte Ouest du Mexique. Tout le monde aime le soleil mais pour nos riches québécois, c’est trop souvent un sauf-conduit pour éviter de contribuer pleinement à la bonne santé de l’économie québécoise.

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Si on avais 660,000 Floridiens qui venaient passer l’été au Québec, ça compenserait pour 660,000 snowbirds qui vont chez-eux, en hiver mais ce n’est clairement pas le cas alors ceux qui sont trop pauvres pour se sauver se ramassent avec la responsabilité d’entretenir la province, moins les moyens financiers que les snowbirds amènent avec eux, en Floride!

La belle affaire…

Et nos travailleurs qui souffrent parce qu’ils n’arrivent plus que très difficilement à se trouver un emploi décent.

Et nos snowbirds de s’en foutre, royalement!

Pour eux, leur fortune est faite et là, c’est leur occasion de se défiler.

Aucune chance qu’une start-up obtienne un financement de complaisance du « mononc » qui se cache dans son condo sur le bord de l’océan. Il est occupé. Il ne peut pas prendre votre appel. Il n’est pas dans Facebook (par exprès) et cuve son vino à la journée longue. Quel Québécois exemplaire. Wow. C’est avec des « oiseaux » comme ça qu’on bâtit une nation forte, pas vrai?

Ben voilà, on en est là.

Un Québec d’hédonisme et d’égoïsme où les carriéristes voient à leur bien mais surtout pas à celui de leurs employés.

Combien de fois passez-vous devant un commerce où il y a une ou deux grosses voitures (genre, les plus dispendieuses BMW) et à côté, de vieilles Toyota Tercel avec de la rouille au bas des portes? C’est PLEIN d’entreprises comme ça, au Québec. Un ou deux riches patrons et les autres, ce sont des « ressources humaines » remplaçables qui ne méritent rien, à part le salaire minimum ou à peu près.

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Ish… quand on dit que le Québec s’en va dans le mur, c’est beaucoup à cause des bons emplois qui s’en vont, au même rythme que nos maisons-mères de Montréal qui sont maintenant à Toronto ou à New York et nos usines qui sont en Chine ou au Mexique.

Et après, on se demande pourquoi les travailleurs sont si désespérés quand ils perdent leur emploi. C’est tout simplement parce qu’ils réalisent que le Québec ne fonctionne plus! Il y a encore quelques opportunités pour les plus futés mais en gros, le moteur économique québécois —à part lorsqu’il est subventionné par le gouvernement, lire « le B.S. corporatif » qui nous coûte des MILLIARDS à chaque année— n’avance plus!

Regardez le quartier St-Roch, à Québec.

Plein d’entreprises techno qui se vantent de montrer l’exemple, en matière d’emploi et de compétitivité salariale. Les Beenox, CGI, Nurun et Ubisoft qui y sont installés, par opportunisme géolocalisé, reçoivent tous des subventions salariales (habituellement à hauteur de 30%… et ça a été renouvelé pour 10 ans par Philippe Couillard… il a fait ça discrètement) et c’est à peu près LA SEULE raison qu’une entreprise voudrait aller s’établir dans ce coin pollué et difficilement accessible de la ville.

Le gouvernement, en plus de subventionner les salaires, arose aussi copieusement plusieurs entreprises de St-Roch avec des centaines de millions de dollars de contrats d’informatique qui, pour la plupart, sont des désastres depuis plusieurs années mais bon, ça donne l’impression que l’économie fonctionne alors qu’en réalité, c’est NOTRE ARGENT publique qui sert à enrichir des cliques déjà très riches, à la tête de ces entreprises ultra-privilégiées.

Alors imaginez un travailleur qui perd son emploi dans St-Roch et qui n’arrive plus à se trouver un bon emploi (en informatique, par exemple) ailleurs, c’est habituellement parce qu’ailleurs, il n’y a pas de subvention salariale de 30% mais bon, qui s’en soucie?

Rien de plus cool pour les entreprises de St-Roch d’avoir de belles subventions salariales. Pourquoi scieraient-ils la branche sur laquelle ils sont perchés? Ils sont bien avec leurs subventions salariales. Ça nous saigne à blanc, collectivement mais pourquoi s’en feraient-ils avec ça?

Ainsi se décline la précarité des emplois.

Des privilégiés d’un côté qui se promènent avec leur café Starbucks à 5$, dans leur Audi grise aux fenêtres teintés, sans enfants et parfaitement adaptés aux « power meetings » du matin et aux « after hours » où ça fourmille au bureau jusque dans la soirée. Et leurs employés qui essaient de satisfaire toutes les lubies des RH qui leur ont tricoté des tâches à n’en plus finir (via une « description des tâches », généralement sur plusieurs pages, même pour des jobs plutôt simples… il faut bien que les RH justifient leur salaire)… avec des jobs précaires!

Mais bon, tout n’est pas nécessairement blanc ou noir, il y a beaucoup de zones grises où les patrons deviennent des esclaves de leur travail et où des employés s’en tirent plutôt bien avec une position stratégiquement agréable.

Alors on en revient à l’état des lieux, en matière d’emploi, au Québec.

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Les bonnes jobs s’en vont et on se ramasse avec le proverbial fond du baril.

N’oubliez pas, on ne parle pas des 25% (ou à peu près) de privilégiés, au Québec (les boomers, les pharmaciens, les médecins, les professeurs, plusieurs professionnels, quelques entrepreneurs chanceux ou engraissés par les gouvernements et surtout, les fonctionnaires) qui gagnent des salaires plus que confortables et qui ne comprennent RIEN à la réalité des 75% de travailleurs « ordinaires »… et il importe de noter à quel point il existe une incompréhension à peu près totale des riches envers la situation très inconvenante des plus pauvres.

Allez parler de la difficulté à se trouver un bon emploi à la cadre de la fonction publique qui gagne son 130,000$ par année depuis des décennies et qui conduit son VUS Mercedes en portant son petit kit fashion et sa coiffure fraichement faite du jour d’avant… elle va vous regarder avec des grands yeux de cerf et va continuer son chemin en vous envoyant promener pour l’avoir dérangé! Elle est tellement riche qu’elle ne comprend RIEN à la réalité, par exemple, d’un père monoparental (avec un bacc et une belle expérience professionnelle) qui a perdu son emploi et qui peine à retrouver quelque chose de mieux que commis dans une pharmacie.

Il va peut-être arriver qu’on trouve un riche, de temps en temps qui va accepter de dire « ah! C’est plate ça » mais oubliez ça, ce n’est pas parce qu’il est riche qui va aider à notre économie. Soit il s’intéressera aux paradis fiscaux pour mieux optimiser ses finances ou soit il ira réfléchir à ça en Floride… pendant 6 mois. Enfin bref, le Québec a encore quelques meneurs (heureusement, il en reste qui sont prêts à se battre pour la survie économique de notre coin du monde) mais il y en a un moyen paquet qui feint l’ignorance (volontairement) pour mieux se soustraire à toute éventualité où ils pourraient réinvestir leur fortune auprès de nos start-ups qui n’arrivent plus à décoller, faute de financement.

Et pendant ce temps, les emplois deviennent de plus en plus précaires et c’est rendu assez débile que plusieurs employeurs poussent la note du cynisme jusqu’à prétendre que c’est une « opportunité » d’essayer autre chose, professionnellement.

Tellement risible… on se roulerait par terre si la blague n’était pas aussi sombre et malveillante.

Mathieu Bock-Côté a justement signé un billet où il évoque cette nouvelle réalité, voici un commentaire qu’il a publié, en lien avec celui-ci:

J’ajoute une chose à ma chronique d’aujourd’hui, qui portait sur les gens qui travaillent et s’appauvrissent. Je m’en veux un peu de ne pas l’avoir clairement exprimé dans ma chronique. 

En fait, je veux dire mon exaspération devant le discours managérial qui fait l’éloge de la précarité, et qui a le culot de faire passer cela pour un éloge de la liberté, et plus encore, devant le jovialisme délirant des spécialistes en ressources humaines qui expliquent à un licencié dans la cinquantaine qu’il aura une chance immense en perdant son emploi : celle de refaire sa vie, de se réinventer. Comme si à cinquante ans, le commun des mortels a envie de se réinventer, de repartir à neuf, alors qu’il s’agit plutôt de la période de l’existence où on est en droit d’espérer un peu de stabilité, de confort même, et des repères à peu près stables. Heureux les licenciés, car le royaume de la liberté est à eux? Non merci. Est-il possible, un jour enfin, d’avoir la paix sans avoir toujours à se vendre à un comité d’embauche ou un autre pour survivre? 

En fait, notre monde tourne en ridicule le désir de stabilité. On y voit le signe d’un esprit pétrifié ou effrayé devant l’inconnu. Quelle sottise! L’homme, pour s’épanouir, a moins besoin d’un tourbillon ou de crises régulières que d’un monde à peu près cohérent, où il pourra se mouvoir et formuler des aspirations durables en faisant valoir ses talents et son savoir-faire. Je sais bien qu’on ne peut conserver le monde à la manière d’un musée, qu’il faut s’adapter aux réalités qui font notre époque. Mais c’est une chose de s’adapter, et c’en est une autre de déconstruire hardiment les grands ancrages existentiels, comme la famille ou le travail. C’en est une autre aussi de faire passer pour une grande libération ce qui est souvent un grand saccage. 

Personne n’a de programme miracle, dans les circonstances. Mais une chose est certaine, il faut redécouvrir une critique intelligente du capitalisme. Une critique moins idéologique que centrée sur les aspirations de l’homme ordinaire, et la bonne manière de les satisfaire.

Dans son article intitulé « Travailler pour s’appauvrir », Mathieu Bock-Côté évoque notre désir de stabilité, en emploi.

Sérieusement, ça fait longtemps qu’un tel angle n’a été abordé, en regard de l’emploi, au Québec.

Nous sommes inondés par le discours du patronat qui prétend (à tort) que le salaire minimum est trop élevé et que le patronat étouffe. C’est le même patronat qui se promène en BMW et les mêmes travailleurs qui voyagent en Tercel rouillée. Et devinez qui le gouvernement écoute?

Le lobby du patronat, évidemment.

Et ça tue toute notre économie car on étrangle les travailleurs, incluant ceux qui ont les bonnes études et l’expérience requise en fragilisant le marché de l’emploi sur lequel ils s’appuient pour… vivre.

On fait quoi?

La réponse se trouve de moins en moins du côté des emplois, sans cesse plus précaires. Elle se trouve probablement davantage du côté de l’entrepreneuriat et de la prise-en-charge de sa propre vie professionnelle via un projet qui échappe à la logique coupe-gorge des « ressources humaines » dans les entreprises où tout le monde est, en quelque sorte, remplaçable.

Oui, votre propre entreprise.

Livrez des colis avec votre voiture, accompagnez des gens dans divers scénarios de vie (soyez créatifs, pas juste des coachs de vie), réglez des problèmes (donnez des conférences) ou fabriquez un produit dont tout le monde avait besoin, sans qu’ils n’ait pu le trouver, où que ce soit.

Devenez votre propre super-star!

Arrêtez de faire confiance au patronat parce qu’à 50 ans, ils vont vous jeter dans la rue et vous dire que la vie, c’est cruel.

Pire, ce même patronat, confortablement installé dans une maison de luxe, habillé de manière exagérément dispendieuse, mangeant de plus mignon des filets aux meilleures tables de la ville et se promenant dans leur luxueuse Lexus de l’année, viendra vous ajouter que votre « perte d’emploi » est une « opportunité » pour explorer… autre chose!

Vous aurez le goût de leur répondre mais dans un sens, ces paroles arrogantes et viles ont un fond de vérité. Assurez-vous juste d’investir pour votre enrichissement et non le leur, en devenant entrepreneur.

Parce qu’on va se dire les vraies choses, en devenant un employé, vous enrichissez autrui en risquant moins mais en obtenant des miettes, en contrepartie. C’est ça la structure de l’entente patron-employé.

Alors sortez de ce paradigme qui est en train d’asphyxier les travailleurs québécois et imaginez votre propre projet d’entreprise.

Trouvez une niche (qui vous plaît) et exploitez-la du mieux que vous pouvez, devenez un « nichetrepreneur »!

Vous allez voir, votre vie ne s’en portera que mieux, si vous choisissez un projet porteur où vous réglez des problèmes et où vous offrez mieux que la concurrence.

Mais bon, les problèmes liés à l’emploi demeurent toujours aussi préoccupants, au Québec. C’est dommage qu’on ait l’impression de prêcher dans le désert, quand on en parle…